/ Planes

Par Antonin Mack, 28/12/15

/ Texte


L’objet fragmenté par ma colonne est un escalier. Il se déploie des souterrains de la station de métro « Réaumur - Sébastopol » au boulevard Sébastopol.

Comme pour contraster avec l’effervescence qui prend place dans ces souterrains transitoires, l’escalier vient percer le sol dans un parc, le square Emile Chautemps. On pourrait croire, en plan, que la surface nécessaire à l’escalier pour sortir de terre à été « volé » au square.

L’escalier ici présent se doit d’être efficace. En effet, son rôle est d’acheminer les personnes désirant sortir de la station de métro sur le boulevard et ce, le plus rapidement possible tout en garantissant un certain confort lors de son utilisation.

Une fois ces caractéristiques soulignées, nous pouvons admettre qu’il est un archétype de notre société. Indéniablement, nous vivons dans un perpétuel compromis, tiraillés entre le risque de perdre du temps et celui de ne pas produire assez, assez vite (, assez bien ?).

Même le loisir, à première vue dénué de toute contrainte économique, n’est-il pas également soumis aux lois de l’efficience ? Ne partons-nous pas en vacances pour nous ressourcer et donc pour être plus productifs une fois rentré ? Ainsi, un long escalier n’est-il pas ponctué par un palier à mi-parcours afin que nous puissions reprendre notre souffle quelques instants et repartir de plus belle ?

Vous l’aurez compris, j’attaque l’efficience caractérisant cette pente si directe. Mon action principale consiste à introduire un palier dans cet escalier. Contrairement à d’autres, celui-ci n’est pas ici pour maintenir le rythme mais bien pour l’entraver en espérant provoquer une réflexion, une remise en question. Je cherche à faire germer une position critique chez l’utilisateur, en l’extrayant du rythme auquel il est habituellement soumis.

L’utilisateur s’engage dans l’escalier. Après sept marches, il est face à un choix : «droite ou gauche » . A gauche l’escalier se dilate, les marches se font de plus en plus longues, elles forcent le sujet à ralentir jusqu’à un seuil. Derrière celui-ci se dresse un cloitre, une double marche incite le marcheur à s’arrêter complètement. A droite, une fente est percée dans la paroi le séparant de l’autre escalier. Il observe les passants acharnés qui tentent tant bien que mal de maintenir leur course intacte. Il réfléchit, ou pas, s’offre un moment d’oisiveté, peut-être.

Après une minute ou plus, le marcheur repart, ré accélère et rejoint le niveau du boulevard, il sort finalement de la bouche de métro en flânant, il est maintenant en retard mais cela n’a plus d’importance puisqu’il est désormais éveillé et attentif, espérons…




/ Dessins




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"Le site et la colonne" - monge, 1/33



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"Modifier le rythme" - dessin d'étude / monge, 1/33



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"Cloitré" - tentative d'immersion / perspective, 1/33



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Elevations, 1/33 /5



/Maquettes




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/Colonne




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/Maquette de rendu




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/Synthèse et conclusion


Les données fondamentales de ce projets étaient un site, une échelle et la colonne. 

Ma dernière décision durant ce projet fut de disperser sur la colonne les strates constituant l'escalier. Leur écart est dicté par la même logique que celle qui régit la modification de l'emmarchement, celle qui perturbe l'efficacité du rythme de l'escalier. 

Ce choix trouve sa justification en deux points :

- le premier est une volonté d'exploiter de manière plus significative la verticalité de la colonne

- le second est une tentative d'accentuer la lisibilité du dispositif mis en place pour dégrader le rythme, ainsi que celle de ma volonté première qui est d'attaquer l'efficacité.


Au terme des critiques et de quelques jours de reflexion, je ne peux qu'admettre que cela ne fonctionne pas. Certes, j'exploite une plus grande partie de la colonne et la logique déterminant l'écart entre les strates est peut-être plus lisible mais à quel prix?

Premièrement, l'impact visuel est tel que l'on ne comprend plus le projet comme une transition du bas vers le haut (ou inversement) mais comme une itération de plans horizontaux à peine différents les uns des autres. Il est impossible de comprendre le lien entre la dilatation des marches et celle de l'écart entre les dalles à moins qu'il ne soit explicitement verbalisé.

Deuxièmement, ma proposition n'est pas utilisable car elle n'a plus aucune relation au corps. En effet, en faisant ce dernier choix, j'occulte totalement les capacités spatiales de (ce qui était) l'escalier ainsi que l'échelle à laquelle nous devions travailler. Les strates qui s'apparentent à des dalles, sont espacées de telle manière que la hauteur entre ces dernières est soit inexploitable car trop petite, soit tellement importante qu'il n'est pas possible de passer de l'une à l'autre.

Finalement, ce projet résulte bien d'une volonté personnelle, d'un regard critique et d'un processus, mais le résultat est une sculpture et non un espace. Ma première et fatale erreur fut peut-être de considérer l'escalier non pas au travers de ses qualités spatiales mais par son caractère symbolique.