/ Planes

Par Antonin Mack, 22/11/15


/ Programme 

Nous tenterons ici de développer un espace accessible à tous, permettant à chacun de s'arrêter durant un laps de temps indéterminé à l'écart du rythme quotidien.



/ Semaines 1-2


/ Recherches



Image Sun Nov 22 2015 22:20:12 GMT+0100 (CET)


Notes, premières reflexion et volontés 



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Analyse faite dans le cadre d'un exercice proposé par Marguerita Del Grosso.


/ Notion


L'oisiveté

"L'oisiveté désigne l'état d'une personne qui n'a pas d'activité laborieuse. Selon les époques, selon le contexte, la notion d'oisiveté est associée soit à une valeur, celle de l'otium antique, cultivée par l'aristocratie, soit à la paresse, à l'inutilité, dans une société sacralisant le travail. Elle est revalorisée par les sociologues et les philosophes modernes et contemporains comme instrument de lutte contre la productivité déshumanisante."

                                                                                                                                                            -Wikipedia


/ Fragments


"The street conducts the flâneur into a vanished time. For him every street is precipitous. It leads downward – if not to the mythical Mothers, then into a pastthat can be all the more spellbinding because because it is not his own, not private. Nevertheless, it always remains the time of a childhood. But why that of the life he has lived ? In the asphalt over which he passes, his steps awaken a surprising resonance. The gaslight that streams down on the paving stones throws an equivocal light on this double ground. [M1,2]"

Extrait de "The Flâneur - Arcades Project, Walter Benjamin"



"Paris created the type of the flâneur. What is remarkable is that it wasn’t Rome. And the reason ? Does not dreaming itself take the high road in Rome ? And it isn’t that city too full of temples, enclosed squares, national shrines, to be able to enter tout entière – with every cobblestone, evry shop sign, every step, and every gateway – into the passerby’s dream ? The national character of the italians may also have much to do with this. For it is not the foreigners but they themselves, the parisians, who have made Paris the promised land of the flâneur – the « landscape built of sheer life, » as Hofmannsthal once put it. Landscape – that, in fact, is what Paris becomes for the flâneur. Or more precisely : the city splits for him into its dilectical poles. It opens up to him as a landscape, even as it closes around him as a room. [M1,4]"

Extrait de "The Flâneur - Arcades Project, Walter Benjamin"


/ Narratif

« Châtelet. L’effervescence est à son comble, il est 12h08, je sue, le bruit des pas qui claquent sur le sol et celui des musiciens se mélangent pour créer une cacophonie monstrueuse. Mes tympans vibrent, ma tête bourdonne.

12h11. Pas le temps de m’arrêter manger, j’achète un sandwich que j’avale sur le pouce.

Métro. Je dois jouer des coudes pour y entrer. Je sue davantage.

1… 2… 3. « Sébastopol – Réaumur » annonce la voix.

Long couloir. Un cortège de lycéens m’empêche d’apercevoir l’escalier. Leur professeur dépassé essaie tant bien que mal de les faire se rabattre sur la gauche. Je les contourne par la droite.

Au bout du couloir, le grésillement des néons se fait chasser par la lumière éclatante du soleil.

12h22. J’y serai dans 7 minutes, 5, si je cours.

Je gravis les marches deux par deux. A partir de la septième, l’escalier est divisé en deux par une paroi. Le flux emprunte le passage de droite, il débouche directement sur le boulevard.

Je m’aventure à gauche, haletant. L’espacement entre le mur et la paroi est juste suffisant pour que je puisse passer sans devoir me mettre de profil. Je pénètre alors dans un vestibule sombre. Calmement, je monte les marches une à une, chacune légèrement plus large que la précédente. En haut de l’escalier, je distingue une ouverture dans une seconde paroi. Cette dernière est perpendiculaire à l’autre et clos le vestibule. Je ne sais pas depuis combien de temps je suis là, ça n’a plus d’importance.

Je passe le second seuil en courbant la nuque pour ne pas me cogner la tête.


Je suis l’invité d’un espace baigné dans une lumière claire et diffuse, une plateforme légèrement surélevée par rapport au sol du parc. Au bout de celui-ci, je perçois l’Académie des Arts et Métier. Je suis debout, j’aurais la place de m’assoir. Je pourrais sauter dans le square et me promener ou m’assoir et bouquiner, m’assoupir. Il n’en est rien. Je décide de ne rien faire, de profiter calmement de l’instant, d’être activement passif. »


Dans nos mondes où la « rentabilité » est maitre mot, l’oisiveté est-elle raisonnable ?



/ Dessins




Image Mon Nov 23 2015 09:55:01 GMT+0100 (CET)


monge, 1:33




/ Maquettes 



Image Sun Nov 22 2015 23:30:51 GMT+0100 (CET)
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"Un escalier vers l'oisiveté", maquette carton, 1:33




/ Semaines 3-4



/ Dessins



Image Wed Dec 23 2015 17:48:45 GMT+0100 (CET)
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"Etude de forme", monge, 1/33


Etude sur la forme de l'escalier dans le but d'extraire l'utilisateur du rythme habituel de ce dernier.

1) Ralentissement progressif et désynchronisation de la marche. Les marches ne sont plus désaxés par rapport à la colonne mais bien perpendiculaire à celle-ci.

2) Création d'un cloître propice à l'observation et à la remise en question du rythme parallèle. Le mouvement est nul.

3) Remise en mouvement, réadaptation au rythme précédemment quitté.



/ Maquette



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"Strates partagées" - Maquette carton, 1/33



/ Semaine 5


/ Texte



L’objet fragmenté par ma colonne est un escalier. Il se déploie des souterrains de la station de métro « Réaumur - Sébastopol » au boulevard Sébastopol.

Comme pour contraster avec l’effervescence qui prend place dans ces souterrains transitoires, l’escalier vient percer le sol dans un parc, le square Emile Chautemps. On pourrait croire, en plan, que la surface nécessaire à l’escalier pour sortir de terre à été « volé » au square.


L’escalier ici présent se doit d’être efficace. En effet, son rôle est d’acheminer les personnes désirant sortir de la station de métro sur le boulevard et ce, le plus rapidement possible tout en garantissant un certain confort lors de son utilisation.

Une fois ces caractéristiques soulignées, nous pouvons admettre qu’il est un archétype de notre société. Indéniablement, nous vivons dans un perpétuel compromis, tiraillés entre le risque de perdre du temps et celui de ne pas produire assez, assez vite (, assez bien ?).


Même le loisir, à première vue dénué de toute contrainte économique, n’est-il pas également soumis aux lois de l’efficience ? Ne partons-nous pas en vacances pour nous ressourcer et donc pour être plus productifs une fois rentré ? Ainsi, un long escalier n’est-il pas ponctué par un palier à mi-parcours afin que nous puissions reprendre notre souffle quelques instants et repartir de plus belle ?




Vous l’aurez compris, j’attaque l’efficience caractérisant cette pente si directe. Mon action principale consiste à introduire un palier dans cet escalier. Contrairement à d’autres, celui-ci n’est pas ici pour maintenir le rythme mais bien pour l’entraver en espérant provoquer une réflexion, une remise en question. Je cherche à faire germer une position critique chez l’utilisateur, en l’extrayant du rythme auquel il est habituellement soumis.




L’utilisateur s’engage dans l’escalier. Après sept marches, il est face à un choix : «droite ou gauche » . A gauche l’escalier se dilate, les marches se font de plus en plus longues, elles forcent le sujet à ralentir jusqu’à un seuil. Derrière celui-ci se dresse un cloitre, une double marche incite le marcheur à s’arrêter complètement. A droite, une fente est percée dans la paroi le séparant de l’autre escalier. Il observe les passants acharnés qui tentent tant bien que mal de maintenir leur course intacte. Il réfléchit, ou pas, s’offre un moment d’oisiveté, peut-être.

Après une minute ou plus, le marcheur repart, ré accélère et rejoint le niveau du boulevard, il sort finalement de la bouche de métro en flânant, il est maintenant en retard mais cela n’a plus d’importance puisqu’il est désormais éveillé et attentif, espérons…



Ralentir


S’arrêter

            Observer

                       Réfléchir


Repartir

            Se souvenir


Reproduire



/ Dessins



Image Wed Dec 23 2015 18:30:02 GMT+0100 (CET)

Elevation, 1/33/5




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"Cloitré", perspective, 1/33

Tentative d'immersion dans le cloître par perspective.


/ Colonne


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/ Maquette de rendu




Image Mon Dec 28 2015 14:25:34 GMT+0100 (CET)


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/Synthèse et conclusion


Les données fondamentales de ce projets étaient un site, une échelle et la colonne. 

Ma dernière décision durant ce projet fut de disperser sur la colonne les strates constituant l'escalier. Leur écart est dicté par la même logique que celle qui régit la modification de l'emmarchement, celle qui perturbe l'efficacité du rythme de l'escalier. 

Ce choix trouve sa justification en deux points :

- le premier est une volonté d'exploiter de manière plus significative la verticalité de la colonne

- le second est une tentative d'accentuer la lisibilité du dispositif mis en place pour dégrader le rythme, ainsi que celle de ma volonté première qui est d'attaquer l'efficacité.


Au terme des critiques et de quelques jours de reflexion, je ne peux qu'admettre que cela ne fonctionne pas. Certes, j'exploite une plus grande partie de la colonne et la logique déterminant l'écart entre les strates est peut-être plus lisible mais à quel prix?

Premièrement, l'impact visuel est tel que l'on ne comprend plus le projet comme une transition du bas vers le haut (ou inversement) mais comme une itération de plans horizontaux à peine différents les uns des autres. Il est impossible de comprendre le lien entre la dilatation des marches et celle de l'écart entre les dalles à moins qu'il ne soit explicitement verbalisé.

Deuxièmement, ma proposition n'est pas utilisable car elle n'a plus aucune relation au corps. En effet, en faisant ce dernier choix, j'occulte totalement les capacités spatiales de (ce qui était) l'escalier ainsi que l'échelle à laquelle nous devions travailler. Les strates qui s'apparentent à des dalles, sont espacées de telle manière que la hauteur entre ces dernières est soit inexploitable car trop petite, soit tellement importante qu'il n'est pas possible de passer de l'une à l'autre.

Finalement, ce projet résulte bien d'une volonté personnelle, d'un regard critique et d'un processus, mais le résultat est une sculpture et non un espace. Ma première et fatale erreur fut peut-être de considérer l'escalier non pas au travers de ses qualités spatiales mais par son caractère symbolique.







Dans un doute particulier, j'aimerais inviter qui voudra bien lire ce blog à discuter les questions suivantes :

Où se situe la limite entre art et architecture ?

Comment proposer une architecture adaptée aux utilisateurs mais résultante d'une sensibilité personnelle tout en évitant une démarche autothétique ?

Et surtout, après avoir admis que l'empirisme et l'itération sont quelques unes des clés menant à une architecture adaptée, combien de ratés sont-ils nécessaires avant d'atteindre une option simplement satisfaisante ?